Une performance artistique qui pose question

«Miroir de l'Origine»: de l'art ou pas?

Deborah de Robertis est cachée par une gardienne du musée d'Orsay lors de sa performance.
Photo: Extrait de vidéo You Tube

(mlr) - La performance réalisée par l'artiste luxembourgeoise  Deborah de Robertis jeudi 29 mai 2014 au Musée d'Orsay devant le célèbre tableau de Gustave Courbet, «L'Origine du monde» (1866), est diversement interprétée.

Le point du vue du Musée d'Orsay

Le Musée d'Orsay, ainsi que deux de ses agents, ont porté plainte pour exhibitionnisme sexuel. «Il s'agit typiquement d'un non-respect du règlement de visite du musée, que ce soit une performance artistique ou pas. Aucune demande d'autorisation ne nous avait été soumise. Et si tel avait été le cas, il n'est pas certain que nous l'aurions acceptée car cela aurait pu heurter notre public», indique la direction du Musée d'Orsay.

Le point de vue d'une historienne de l'art

D'après Bettina Heldenstein, historienne de l'art au Casino Forum d'art contemporain à Luxembourg, «si l'on voit une œuvre isolée, on peut penser que c'est de la provocation. En fait, il y a une vraie continuité dans le travail artistique de Deborah de Robertis depuis qu'elle est sortie de son école d'art de Bruxelles. Elle provoque des situations qui change le point de vue sur les rapports entre les hommes et les femmes, les artistes et les galeristes, ou encore les artistes et les modèles».

Le point de vue du ministère de la Culture au Luxembourg

La performance, intitulée "Mémoire de l'origine", résulte de la résidence d'artistes effectuée par Deborah de Robertis à la Cité internationale des arts de Paris entre septembre et novembre 2013, à l'invitation du ministère de la Culture du Luxembourg. Le ministère toutefois observe que cette action s'est déroulée en dehors de la période de résidence.

Le point de vue de l'artiste

Interrogée par wort.lu, Deborah de Robertis indique que la provocation ne l'intéresse pas. "Si l'on fait abstraction du contexte, on pourrait réduire cette performance à un acte exhibitionniste. Mais ce que j'ai fait n'est pas un acte impulsif. C'est très pensé. En montrant mon sexe sous ce tableau précis, dans cette salle, dans ce musée, c'est tout un tableau qui s'est recréé".

Elle ajoute : "Il y a un « trou » dans l’histoire de l’art, le point de vue absent de l’objet du regard. Dans sa peinture réaliste, le peintre montre des cuisses ouvertes, mais le sexe reste fermé. Il ne dévoile pas le trou, c’est-à-dire, l’œil. Je ne montre pas mon sexe, mais je dévoile ce que l’on ne voit pas dans le tableau, l’œil du sexe, le trou noir, cet œil enfoui, ce néant, qui au-delà de la chair répond à l’infini insoutenable, l’origine de l’origine. Face à la surexposition du sexe dans notre monde contemporain, il n’y a plus rien à dévoiler, sauf l’annonce d’un monde nouveau où les grands maîtres se laissent regarder par les femmes. Je propose le miroir inversé du tableau de Courbet, qui nous rappelle que l’histoire se raconte dans le deux."

Pour son projet «Mémoire de l'origine», Deborah de Robertis a également réalisé des photos dans la même posture qu'à Paris devant le Casino forum d'art contemporain ainsi qu'au Mudam. Cela sans l'autorisation formelle du musée.

Elle s'explique sur sa démarche artistique dans une vidéo à découvrir ici.

Merci de bien vouloir noter que les commentaires publiés sur ce site sont contrôlés et validés avant leur publication par nos modérateurs. Saint-Paul Luxembourg ne saurait être tenu pour responsable des commentaires et réactions publiés par des utilisateurs des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.) portant sur un article publié sur un de ses sites.