La sélection BD de wort.lu/fr

Jean-Luc Delorme, notre spécialiste BD, vous fait découvrir quatre bandes dessinées aux styles narratifs atypiques et aux traits inspirés.

«Le beau voyage», par Springer et Zidrou. Editions Dargaud.

  • «Le beau voyage»

Animatrice à la télévision, Léa vit une vie décousue jusqu'au jour où sa tante l'appelle pour lui annoncer la mort de son père. Cet événement va faire ressurgir en elle bien des fantômes du passé: un papa médecin idolâtré mais peu disponible, une mère qui est partie vivre avec un marchand d’aspirateurs, sa rencontre avec Léa, son homonyme et meilleure amie, lors de son premier avortement... et ce frère qui a disparu trop tôt ...

Zidrou signe une histoire de vie particulièrement touchante et réaliste. Au fil de flashbacks savamment amenés, la vie de son héroïne et ses blessures apparaissent progressivement. Des souvenirs lourds, bouleversants mais également des souvenirs qui aident à tenir le coup et qui ont forgé ce que l'on est.

Cette redécouverte de soi est mise en images par le trait semi-réaliste et épuré de Springer qui parvient une fois de plus à exacerber les émotions engendrée par ce récit bouleversant.

  • «Une chenille pour deux »

De mystérieux engins volants de forme triangulaire perturbent le ciel de la planète Zarkass et par la même occasion l'harmonie entre la population indigène et la colonie humaine qui y est implantée.

Escortées par des autochtones aussi stupides que sympathiques, deux agents que tout oppose sont dépêchées sur place. Sous couvert de l'étude de la faune et flore locales, leur mission est d'accéder au site de crash d'un des mystérieux triangles.

Cet album est l'adaptation en BD d'un des romans les plus mystérieux de Stefan Wul. La recherche d'un engin alien sert de prétexte à la découverte d'une planète pleine de dangers et de créatures extravagantes.

Les dissensions entre les deux héroïnes et leurs motifs respectifs apportent une certaine tension à cette aventure qui prête à sourire par ces nombreux jeux de mots et monstres risibles.

  • «Douce pincée de lèvres en ce matin d'été»

Max est un entraîneur de tennis de table qui forme de jeunes joueurs à la compétition de haut niveau. À quelques jours de leur départ pour une importante compétition en Chine, il apprend que sa petite amie le quitte. Désormais, il va mener de front la prise en charge des adolescents et son travail de deuil sentimental...

Porté par une narration déconcertante sans phylactère et un dessin aux techniques sans cesse changeantes, ce récit intimiste nous immerge dans les réflexions de son héros sur les exigences du sport et les aléas de la relation amoureuse.

Un roman graphique surprenant saupoudré de philosophie asiatique.

  • «L'homme-nuit»

An 1142 de l’ère Kamakura. Fille d'une sorcière et d'un grand samouraï, Isabellae voyage depuis 7 ans à travers le Japon à la recherche de sa sœur disparue. Á ses côtés, le fantôme de son père l'aide à se souvenir de son tragique passé mais surtout de l'enseignement au sabre qu'il lui a donné.

Experte en combat, Isabellae loue en effet ses services aux villages qu'elle traverse et les débarrassent des brigands alentours. Un jeune disciple et un beau voleur vont se joindre à elle alors que sa soeur semble plus proche que jamais.

Raule nous entraine au cœur du Japon médiéval pour une histoire familiale bien construite dans laquelle on plonge rapidement. Une premier tome introductif bien rythmé et teinté de fantastique qui mêle culture celtiques et asiatique.

Par son trait énergique, Gabor excelle dans la mise en scène des nombreux duels du récit ainsi que dans le soin apporté aux décors.

Jean-Luc Delorme