Jean-Claude Juncker sera-t-il présent à l'inauguration du Musée Dräi Eechelen, le 13 juillet prochain? Vraisemblablement pas. Si le programme officiel de cet événement n'est pas encore connu, il est probable que le gouvernement sera représenté ce jour-là par la ministre de la Culture, Octavie Modert et celui des Travaux publics, Claude Wiseler.
D'autres affaires sérieuses sont certainement déjà inscrites à l'agenda du Premier ministre. Cette question peut sembler anecdotique. Elle soulève toutefois la problématique des relations entre la politique et la culture dans notre pays. Il est assez frappant de voir que le deuxième geste «public» du nouveau président français François Hollande, après les cérémonies du 8 mai aux côtés de Nicolas Sarkozy, a été de se rendre à l'exposition de Daniel Buren au Grand Palais à Paris.
L'occasion pour lui de dire que la culture serait l'une des priorités de sa présidence. Alors certes, l'on peut y voir une manœuvre politique, la culture étant traditionnellement «de gauche» en France et Buren un artiste à qui François Mitterrand a commandé les fameuses colonnes du Palais-Royal. Mais il s'agit aussi de montrer qu'après les années dites «bling bling», la France veut miser sur son rayonnement culturel.
Une position qui ne peut que lui valoir l'adhésion de l'opinion publique, toutes tendances confondues. On n'imagine guère ce type de positionnement chez nous, où la culture n'occupe qu'un paragraphe en fin de déclaration gouvernementale prononcée par le Premier ministre le 29 juillet 2009 devant la Chambre des députés. Non pas que la culture ne soit pas perçue comme un enjeu – dans son récent discours sur l'Etat de la nation, Jean-Claude Juncker a rappelé que ce secteur influe directement sur l’image du pays et favorise son attractivité, ajoutant que, dès lors, le gouvernement n’a pas l’intention de réduire les budgets culturels.
Mais rares sont les représentants de l'Etat, hormis ceux dont le portefeuille touche directement à la Culture où aux Bâtiments publics, à s'exposer personnellement sur le terrain culturel. La culture n'apparaît pas comme «payante» politiquement au Luxembourg. Tout au moins sur le plan national. Et cela tient sans doute à une certaine image élitiste des institutions culturelles.
Que la Philharmonie ou le Mudam par exemple, ou encore récemment la Villa Vauban, aient été inaugurés par la famille grand-ducale en présence du gotha européen, rehausse la visibilité de ces institutions. Mais elle les imprègne dans le même temps d'une majesté dont elles peinent ensuite à se déprendre. D'autant que rien n'est fait contre: si les journalistes peuvent photographier le Premier ministre déjeunant à la friture Henriette au Mäertchen, en revanche il n'y a nulle image de son déjeuner de nouvel an avec le gouvernement au Mudam...
Nous sommes 60% à estimer que l'art et la culture occupent une place importante dans notre vie, comme en témoigne l'étude CEPS-Instead de ce début d'année. Sans plaider pour une instrumentalisation de la culture par nos responsables politiques, il serait heureux que ceux-ci prennent acte d'un mouvement de fond dans notre société. Et que par des gestes forts, aussi, ils sachent l'accompagner.
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